Le cœur de l’hippocampe

« Notre mémoire est une fiction. Cela ne veut pas dire qu’elle est fausse, mais que, sans qu’on lui demande rien, elle passe son temps à ordonner, à associer, à articuler, à sélectionner, à exclure, à oublier, c’est-à-dire à construire, c’est-à-dire à fabuler. »

Nancy Huston, L’Espèce fabulatrice

Le cœur de l’hippocampe se présente comme le résultat d’une enquête. Quatre personnages, Laure, Ronan, Sophie et Yoan, cherchent à faire un spectacle qui rendrait compte de leurs recherches sur les histoires, notre besoin de nous raconter des histoires, et sur la mémoire, les processus de fabrication de la mémoire. Les souvenirs et la fiction sont fabriqués par notre cerveau suivant les mêmes procédés, en recourant notamment à nos hippocampes. Mais Laure, Ronan, Sophie et Yoan se perdent ou trichent avec les règles de leur propre jeu, jusqu’à ce que la question même de l’identité se trouble. Qui sommes-nous ? C’est seulement en passant par les récits que l’on pourra répondre, tant bien que mal, à cette question.

Mot de la metteuse en scène :

Nos pères. C’est le point de départ du Cœur de l’hippocampe. Le mien et celui de Ronan Mancec, auteur et collaborateur de ce projet. Nos pères ont tous deux perdu la mémoire.

Lorsque l’on perd la mémoire « nous continuons de parler, mais nous cessons d’interpréter. La personne est vivante, mais l’histoire de sa vie est terminée », nous dit Nancy Huston dans L’Espèce fabulatrice. L’être humain se raconte et raconte tout le temps. Comment vivre sans les histoires, nos histoires, celles des autres, les grandes et les petites, les ordinaires et les extra-ordinaires ?

A partir de là, de mes recherches sur le fonctionnement de la mémoire, de mes recherches sur l’importance des histoires, je me suis rendue compte que je voulais en faire un spectacle. Les hippocampes cérébraux tiennent un rôle important dans la mémorisation et les souvenirs et la fiction y sont fabriqués de la même manière. Nous allons donc plonger dans les méandres de notre cerveau pour atteindre l’hippocampe.

Le cœur de l’hippocampe c’est une écriture de plateau. C’est un auteur qui lutte contre la disparition. Ce sont deux comédiennes et un comédien qui vont l’accompagner, expérimenter. Ce sont des personnes qui racontent des histoires. Ce sont des personnes qui racontent des histoires au moyen des souvenirs, des mots et du langage et des corps. Ce sont des personnes qui vont donc plonger au cœur de l’hippocampe. Il s’agit, ici, de se questionner sur notre rapport aux histoires, à notre mémoire. Pourquoi avons nous tant besoin de nous raconter des histoires ? Raconter, conter, partager au théâtre est pour nous une manière de résister.

Mot de l’auteur :

En mars 2017, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie face au neurologue qui avait suivi la longue maladie de mon père, mort en 2013. J’avais mon micro à la main. Je lui ai dit Je veux enquêter sur la longue maladie, celle qui fait perdre les mots, la mémoire et la tête. Je lui ai dit Je suis écrivain. Et le neurologue m’a dit Votre père est mort d’une démence sémantique. Je n’avais jamais entendu ces mots. Ou je ne me souvenais pas d’eux. Être écrivain. Être mort d’une dégénérescence sémantique. Le docteur a dû voir que j’étais ému, il m’a dit très gentiment qu’il allait m’aider.

Dates à venir : Les 30 et 31 janvier 2020 à la Maison du Théâtre de Brest. Le 18 mars 2020 au Diapason à Rennes dans le cadre de la semaine du cerveau.

Dates passées : Les 15 et 16 janvier 2020 à la Paillette à Rennes. Le 23 janvier 2020 à l’Agora au Rheu.

Article de Marion Guillaumin dans le Science Ouest n°366 sur la rencontre entre Laure Fonvieille et Serge Belliard, neurologue.

Crédit photos : Caroline Ablain

Pour Hélène

Mise en scène de Laure Fonvieille
Texte de Ronan Mancec, avec la collaboration de Laure Fonvieille
Avec Yoan Charles, Laure Chartier, Ronan Mancec et Sophie Renou
Création et régie lumière de Gweltaz Chauviré
Création et régie son de Pierre Marais
Costumes et scénographie de Laure Fonvieille
Administration par Charlotte Hubert-Vaillant
Accompagnement danse par Catherine Legrand
Accompagnement tricot par Camille Kerdellant
Stagiaire mise en scène Mélanie Jannot
Photos Caroline Ablain
avec l’aimable participation de Marie-Claude Escaich Tezenas

Production Cie la mort est dans la boîte
Soutien Aide à la production du Ministère de la Culture – DRAC de Bretagne, la Région Bretagne, la Ville de Rennes, la Spedidam
Coproduction La Paillette-Maison des jeunes et de la culture-Rennes, La Maison du Théâtre-Brest
Partenaires Espace Victor Hugo-centre culturel de Ploufragan, Service culturel de l’université de Rennes1-le Diapason, Centre culturel et d’activités Agora Le Rheu, Service culturel de Montfort-sur-Meu, Au bout du plongeoir-Tizé, Hypolipo-Orcet, Théâtre de Poche Hédé-Bazouges, ADEC-maison du théâtre amateur-Rennes, Théâtre de l’Ephémère scène conventionnée pour les écritures théâtrales contemporaines du Mans, le Théâtre du Cercle-Rennes, Centre culturel de la ville Robert-Pordic, Le petit écho de la mode-Châtelaudren, la semaine du cerveau-Rennes