Le cœur de l’hippocampe

La compagnie se lance aujourd’hui dans un nouveau projet, Le cœur de l’hippocampe, qui est une nouvelle collaboration entre Laure Fonvieille et Ronan Mancec.

Le cœur de l’hippocampe est l’ouverture d’une enquête. Cette enquête a comme sujet la mémoire (les processus de fabrication de la mémoire) et nos histoires (notre besoin de nous raconter des histoires). Nous menons l’enquête et nous avançons petit à petit vers nos identités narratives.

Mot de la metteuse en scène :

Nos pères. C’est le point de départ du Cœur de l’hippocampe. Le mien et celui de Ronan Mancec, auteur et collaborateur de ce projet. Nos pères ont tous deux perdu la mémoire.

Lorsque l’on perd la mémoire « nous continuons de parler, mais nous cessons d’interpréter. La personne est vivante, mais l’histoire de sa vie est terminée », nous dit Nancy Huston dans L’Espèce fabulatrice. L’être humain se raconte et raconte tout le temps. Comment vivre sans les histoires, nos histoires, celles des autres, les grandes et les petites, les ordinaires et les extra-ordinaires ?

A partir de là, de mes recherches sur le fonctionnement de la mémoire, de mes recherches sur l’importance des histoires, je me suis rendue compte qu’il fallait en faire un spectacle. Dans ce spectacle il y aura des histoires, réelles, fictives, des références scientifiques et littéraires, une bouillabaisse, des choses importantes à dire, des bruitage, un repas de famille, de la laine…

Les hippocampes cérébraux tiennent un rôle important dans la mémorisation. Nous allons donc plonger dans les méandres de notre cerveau pour atteindre l’hippocampe.

Le cœur de l’hippocampe c’est un texte en train d’être écrit. C’est une écriture de plateau qui se met en place. C’est un auteur qui lutte contre la disparition. C’est un auteur qui va prendre la parole. Ce sont deux comédiennes et un comédien qui vont l’accompagner, expérimenter. Ce sont des personnes qui vont réfléchir ensemble sur pourquoi il faut raconter des histoires. Ce sont des personnes qui racontent des histoires. Ce sont des personnes qui racontent des histoires au moyen des souvenirs, des mots et du langage et des corps. Ce sont des personnes qui vont donc plonger au cœur de l’hippocampe, structure du cerveau jouant un rôle central dans la mémoire.

Il s’agit, ici, de se questionner sur notre rapport aux histoires, à notre mémoire. Pourquoi avons nous tant besoin de nous raconter des histoires ?

Raconter, conter, partager au théâtre est pour nous une manière de résister.

Mot de l’auteur :

En mars 2017, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie face au neurologue qui avait suivi la longue maladie de mon père, mort en 2013. J’avais mon micro à la main. Je lui ai dit Je veux enquêter sur la longue maladie, celle qui fait perdre les mots, la mémoire et la tête. Je lui ai dit Je suis écrivain. Et le neurologue m’a dit Votre père est mort d’une démence sémantique. Je n’avais jamais entendu ces mots. Ou je ne me souvenais pas d’eux. Être écrivain. Être mort d’une dégénérescence sémantique.

Le docteur a dû voir que j’étais ému, il m’a dit très gentiment qu’il allait m’aider.

La préparation du spectacle Le cœur de l’hippocampe, et peut-être une partie de sa forme scénique, sera une enquête. L’ouverture de cette enquête, c’est la chance de pouvoir enfin mettre des mots là où jamais il n’y en a eu, dans ma famille, dans ma vie.

Un bon nombre de mes textes évoque en creux mon histoire personnelle, la mort de mon père. A tout le moins mes personnages se meuvent tous dans les conséquences, le contrecoup, de drames intimes. On dit parfois qu’un auteur écrit sans cesse la même histoire, renouvelée, invisible.

Avec Le cœur de l’hippocampe, le sujet dépassera largement mon histoire. Il sera nourri au plateau des histoires singulières des membres de l’équipe, et de celles et ceux dont nous ferons la connaissance en parallèle, les rencontres en ateliers, en médiation.

Ce sera aussi une enquête scientifique. Une tentative de comprendre et de retransmettre au théâtre les mécanismes du cerveau, d’une manière ludique. Étant convié par Laure Fonvieille à monter sur scène, ce sera l’occasion de jouer avec les codes de la représentation : qui raconte, est-ce vrai ou pas, comment s’adresser au public dans une relation directe et sincère, comment codifier un jeu de bonimenteur… La mémoire n’est pas un objet fiable. Les souvenirs et la fiction se fabriquent dans la même zone du cerveau.

Ce sera enfin, dans le prolongement d’Azote et fertilisants, un questionnement sur ce qu’il reste de nous quand nous ne sommes plus là. Est-il vrai qu’une personne reste encore un peu vivante tant que son souvenir continue de loger dans la mémoire de quelques uns ?

Mise en scène : Laure Fonvieille / Auteur : Ronan Mancec / Avec : Laure Chartier, Ronan Mancec, Sophie Renou et Yoan Charles / Création et régie lumière : Gweltaz Chauviré / Création et régie son : Pierre Marais / Administration : Charlotte Hubert-Vaillant / Stagiaire mise en scène : Mélanie Jannot

foret-jaune-BDCrédit photo : Marion Deniaud